Comment peut-on définir le style classique (aristocratique) ?

american fashions gentlemen

Le style classique ou aristocratique, est issu directement des règles vestimentaires britanniques, avec certains ajustements pratiques et culturels sur le continent.

Le choix des articles de la garde-robe est très restreint, ainsi que les couleurs utilisées, ce qui en fait un style sobre, stable et imperméable aux modes.

Le style classique n’est pas simple à définir, car il est une convention sociale qui n’a pas été définie à proprement parler, mais qui existe malgré tout.

On peut dire que le style classique est né dans les milieux aristocratiques européens (principalement anglais), et qu’il s’étoffe très lentement à travers les acceptations ou non de cette même caste.

Mais avant de définir le style classique, commençons par un bref rappel historique pour faire un petit peu de sociologie du vêtement.

Il y a 60 ans encore, le port du costume était la norme, dans tous les milieux de la société, y compris à la campagne, au moins les dimanches et pour les occasions, et ce depuis plus de 100 ans.

Aujourd’hui, le costume ne se porte plus guère qu’aux mariages et encore. Seul le personnel du tertiaire dans les banques, les assurances et en politique le portent encore quotidiennement.

Et cela parce qu’après la Seconde Guerre mondiale, et les mouvements sociaux de « mai 68 », toutes les normes sociales et anthropologiques ont été regardées comme des entraves à la liberté individuelle.

manifestation mai 1968

On a donc vu se développer une culture de la déconstruction, qui a mené les individus à détester tout ce qui paraissait élitiste, pour adopter une attitude opposée.

Les traditions, le respect des codes sociaux, celui des anciens, la culture du travail et de l’effort, ont été perçus, par toute une génération comme des convictions passéistes ou rétrogrades.

Pourtant, le vêtement a toujours joué un rôle social très important. Ce n’est que très récemment qu’il est admis légalement et socialement de s’habiller comme bon nous semble.

Au début du XXe siècle, les femmes n’étaient pas autorisées à « se travestir en homme » en portant un pantalon, et il était interdit à un religieux de s’habiller en civil.

femme libération
bretonne traditionnel

Encore au début du XXe siècle, en Bretagne, une jeune fille qui se rendait chez un tailleur pour se faire confectionner une robe de bal, ne pouvait choisir tous les motifs qu’elle désirait, cela était déterminé par le maître tailleur, qui s’adaptait au rang de sa famille et à sa condition. Et peu importe si la jeune fille avait les moyens ou pas, il ne s’agissait pas d’argent, mais de codes sociaux.

Gentleman

À l’époque, chaque membre de la société avait des contraintes vestimentaires à respecter socialement (parfois légiférées en droit) en fonction de la place qu’il occupait dans la société.

Maintenant que toutes ces contraintes ont été abolies, on retrouve paradoxalement, une uniformisation vestimentaire impressionnante, et qui semblent imposer premièrement, par les modes des industriels, qui proposent des vêtements toujours plus moulants, avec toujours moins de tissus, et ensuite, par la recherche de confort à tout prix des acheteurs, qui privilégient beaucoup le «streetwear» et les tenues de sport.

Ainsi, la tenue « classique » aujourd’hui pour un homme, est un jean, un tee-shirt ou un pull et des baskets.

homme tee shirt et jean
Tenue classique contemporaine

À l’inverse autre fois, on faisait très attention à sa tenu vestimentaire. On cherchait à bien s’apprêter avant de sortir, pour donner une bonne image de soi et par respect pour les personnes que l’on allait croiser.

Aujourd’hui l’homme en costume et cravate qui porte des souliers est vu comme un banquier ou alors comme un prétentieux, voire un réactionnaire. L’élégance et le raffinement dans la tenue vestimentaire sont suspects, et celui qui ne suit pas la mode des habits toujours plus négligés, moulants et efféminés devient alors un « marginal ».

Le pire étant, que pour rendre le complet « tendance » les plus grandes marques de près-à-porter (Hugo Boss et autres), se sont mises à proposer depuis les années 2000 environ, des costumes « slim » ,avec des revers très étriqués, et souvent en matière plastique, ce qui donne une allure tout sauf classique et élégante.

Fidèle au capitalisme-libertaire, cette mode change régulièrement pour que le consommateur se renouvelle en permanence et ne puisse garder aucun article plus d’une génération, voire plus de quelques années.

Les couleurs, les coupes, les tissus, les motifs, et les styles sont infinis, afin d’augmenter sans cesse les profits des industriels du textile.

Mais à travers tous ces changements historiques, il existe un genre vestimentaire, non pas immuable, mais stable, inflexible aux injonctions de la mode, car enraciné dans le temps long, et qui cultive l’élégance et le raffinement, c’est notre fameux :

Style classique ou style aristocratique

Ce style classique vient historiquement, en grande partie de la manière de se vêtir de l’aristocratie anglaise, mais correspond plus généralement à la manière dont l’aristocratie européenne s’est toujours habillée.

Le style classique se compose de très peu de pièces, et reste très prudent sur ses ajouts.

Quand une nouvelle pièce, un manteau ou une veste par exemple est intégrée au style classique, c’est parce que celui-ci a su s’imposer par ses lignes et ses proportions avec une certaine universalité à travers le monde (ou en tout cas en Europe).

Ce style ne souffre d’aucune mode, il est dégagé de tout va-et-vient, et n’accepte que les pièces qui ont fait leurs preuves (parfois après un siècle) et qui possèdent un certain universalisme d’élégance masculine.

Les différents vêtements qui composent le style classique, qu’il s’agisse du complet anglais, de la veste en tweed ou du pardessus Chesterfield, sont des pièces confectionnées dans des matériaux nobles, qui demandent une manufacture exigeante et qui sont donc souvent assez onéreux.

Cependant dégagé des dictâtes de la mode, et des chaînes de production du vêtement industrielle, le style classique permet de garder une garde-robe de bonne facture de nombreuses années sans souffrir jamais de paraître inélégant.

Il est sobre, et basé sur une morphologie masculine intemporelle, à l’inverse des modes larges ou moulantes qui s’imposent actuellement.

Le dernier ajout du vestiaire classique étant la veste matelassée Husky créée par un Américain d’origine hongroise en 1965 et popularisé par les Britanniques par la suite.

barbour

Le style classique que nous exposons aujourd’hui n’est pas celui du siècle dernier, ni certainement celui du siècle prochain, mais il est lié à une constante historique, qui possède des caractéristiques universelles.

En effet, si la plupart de ces pièces proviennent de l’aristocratie anglaise, c’est que cette derrière a su s’imposer au reste du monde par une réelle universalité dans le style, la forme et la coupe des vêtements.

Le costume qu’on appelle complet, et qui est une invention anglaise, s’est imposé dans les toutes les parties du globe comme la tenue la plus gracieuse et la plus distinguée qui soit.

Mais les Anglais ne sont pas les seuls à maîtriser l’élégance vestimentaire. Les Italiens aussi ont leur propre style, mais celui-ci est cependant très personnel et beaucoup moins universel. Il est largement moins codifié, s’adapte très mal aux climats non méditerranéens, et demande une maîtrise et un goût esthétique très développé que presque seuls les Italiens possèdent.

En dehors du costume, il existe tout un ensemble de pièces qui constituent le style classique, celles-ci se sont imposées par l’épreuve du temps, et le caractère universel qu’elles ont remporté ou non.

Ce qui rend la garde-robe classique imperméable aux modes, c’est qu’elle n’est composée que de très peu d’articles, qui ont été sélectionnés soigneusement, ainsi que d’un ensemble de règles et de lois qui discrédite immédiatement la majorité des nouvelles créations contemporaines.

Jeunes Européens entre 1920 et 1930
Jeunes Européens entre 1920 et 1930

Le choix d’un habit, des couleurs de chaque article, des matières, des modèles et des coupes, mais également des lieux et des temps où l’on doit et où l’on peut porter tel ou tel vêtement.

Un style exigeant donc, très codifié, mais qui donne une ligne de conduite et les bases d’une élégance vestimentaire masculine certaine.

Plus que le « Sartorialisme » (qui est simplement l’art tailleur, dont on parle de plus en plus aujourd’hui dans certains milieux qui prônent le port du costume) qui souhaite s’émanciper des modes vulgaires actuels et renouer avec l’effort de l’élégance, le style classique, lui, ne consiste pas simplement à porter un costume, mais à adopter des règles de conduite dans le port du vêtement, qui sont un vrai code vestimentaire, connu des élites aristocratiques, pour magnifier l’élégance masculine et ne pas tomber dans l’extravagance et la fantaisie.

C’est donc un ensemble de critères et de lois qu’il s’agit de connaître et de respecter au mieux, si l’on veut posséder ce style aristocratique. Et même si cette exigence coûte, elle apporte tellement, qu’il sera profitable à chacun d’en connaître les modalités.

Comment se compose le style classique ?

Celui-ci s’organise en deux grandes catégories : La tenue de ville et/ la tenue de campagne.

Historiquement, on portait une tenue très formelle en ville pour les affaires pendant la semaine, et une tenue tout aussi habillée, mais moins formelle, en fin de semaine ou à la campagne.

Aussi les vestes de tweed, et costume à carreau étaient réservées aux activités de chasse ou d’équitation, qu’on pratiquait pendant les temps des loisirs.

La tenue de ville

La tenue de ville est composée de ce qu’il y a de plus formel : un costume complet, à rayure ou pas, bleu navy ou bleu nuit (midnight), ou un costume gris moyen à gris anthracite. En dehors de ces deux couleurs, nous ne sommes plus dans une tenue de ville formelle. Ces couleurs sont encore utilisées par les banquiers et les politiques au quotidien aujourd’hui.


La tenue de ville étant la plus formelle, elle s’accompagne uniquement de chaussures Richelieu noire (ou marron) à bout droit.

En Angleterre, les puristes refusent les chaussures marron avec le costume de ville, car elles sont originellement réservées à la tenue de campagne.

« No brown in town ».

Pas de marron en ville


Les autres couleurs appartiennent justement à cette seconde tenue, moins formelle, la tenue de campagne ou tenue sport.

La tenue de campagne


Celle-ci contient le reste de l’ensemble des articles du style classique.


Costume à carreau, ou tenue dépareillée, avec une veste en tweed, et un velours, ou alors un blazer avec un pantalon en flanelle gris, etc.


Ces tenues de campagne, s’accompagnent de chaussures derbies (toujours marron) ou de Richelieu (marron également) fleuri ou semi-fleuri.


Les costumes italiens quant à eux, beiges ou marrons, sont réservés généralement à l’été, et viennent compléter la tenue sport.

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