Article mis à jour et enrichi le 29 juillet 2026.

Le mot « Gentleman » vient de « gentilhomme » en Français qui, passé outre-Manche au XVIIIe siècle s’est transformé en « Gentleman » au singulier ou « gentlemen » au pluriel. Gentilhomme vient de « gentis homines », qui signifiait les gens dévoués au service de l’État, tel qu’étaient autrefois les Francs, d’où est venue la première noblesse d’extraction.

Un gentilhomme était alors un homme issu de l’aristocratie, donc un homme bien né et bien éduqué. Le Gentleman est une figure très importante du XVIIIe jusqu’au XXe siècle, c’est l’héritier plus ou moins proche du chevalier.

En effet, à l’époque des croisades, les chevaliers étant absents, un code de galanterie et de bienséance voit le jour pour réglementer les rapports entre les hommes restés sur place et les femmes seules. Héritier de cette galanterie et de cette droiture chevaleresque, bien habillé, éduqué et courtois, le gentleman fait figure de l’honnête homme moderne parfait.

C’est précisément cet idéal de transmission, de caractère et d’élégance que porte la maison d’édition L’Honnête Homme .

Le Gentleman anglais

Gentleman anglais vêtu d’une redingote noire et d’un gilet brodé

Le gentleman anglais s’il était souvent d’extraction noble, ne l’était pas forcément, ce qui comptait était son éducation. D’ailleurs un dicton annonce :

« Il faut une génération pour faire un lord.
Il en faut trois pour faire un gentleman. »

Proverbe anglais, d’après la formule ancienne : “It takes three generations to make a gentleman.”

Le gentleman se distingue notamment par son calme et son stoïcisme face aux maux qu’il ne peut éviter, ses bonnes manières et sa courtoisie envers tous ceux qu’il côtoie. On le dit parfaitement élevé, réservé, et ne se mettant jamais en avant. Par conséquent, il ne se dira jamais gentleman.

Être reconnu comme gentleman constituait assurément une marque de considération sociale. Il aurait néanmoins été assez peu élégant de revendiquer soi-même ce titre avec insistance : la réputation d’un gentleman devait, idéalement, être établie par le jugement d’autrui et confirmée par sa conduite.

Le Gentleman à l’époque Géorgienne

À l’époque georgienne, cette qualité ne reposait déjà plus exclusivement sur la naissance. La possession d’une terre, l’indépendance matérielle et l’appartenance à la gentry demeuraient importantes, mais elles ne suffisaient pas toujours. Un homme devait également savoir se gouverner, converser avec aisance, tenir sa parole et se montrer courtois sans affectation.

A l’époque géorgienne se met en place un code de conduite fondé sur les trois R :

« Restraint, Refinement and Religion »

(Retenue, raffinement et religion).

Source : Nicola Cornick, What Makes a Gentleman?, The Word Wenches, 2011.

Le Gentleman à l’époque Victorienne

Par la suite dans l’Angleterre victorienne du XIXe siècle, le concept du gentleman ne se limite plus à définir une classe sociale : il comporte en effet des aspects moraux essentiels, dont certains sont liés au code de chevalerie du Moyen Âge dont on s’inspire alors.

L’époque victorienne ne crée donc pas entièrement le gentleman : elle reprend cet idéal georgien, l’élargit et lui donne une dimension morale beaucoup plus affirmée.

Du chevalier médiéval au gentleman victorien

Gentlemen en tenue de soirée lors d’une réception à l’époque victorienne
Dans les réceptions victoriennes, le gentleman se distinguait par sa tenue, sa retenue et la qualité de ses manières.

L’idéal du gentleman conserve une partie de l’héritage moral autrefois associé à la chevalerie. Il ne s’agit plus, au XIXe siècle, de défendre une forteresse ou de combattre au service d’un seigneur, mais certaines exigences demeurent : protéger les plus vulnérables, respecter la parole donnée, faire preuve de courage et agir avec loyauté.

Le code chevaleresque valorisait également la fidélité, la générosité et la défense de ce qui était tenu pour juste. Transposées dans la société victorienne, ces qualités prennent une forme plus civile. Le gentleman est attendu sur sa capacité à maîtriser ses réactions, à respecter ses engagements et à ne pas profiter de sa position au détriment des autres.

L’honneur ne se mesure donc plus seulement à des exploits militaires. Il se reconnaît dans la conduite quotidienne : dire la vérité, rester fidèle à ses principes, secourir une personne en difficulté, traiter chacun avec dignité et conserver sa droiture lorsque personne ne regarde.

Cette filiation doit toutefois être nuancée. Le gentleman victorien n’est pas simplement un chevalier sans armure. Son idéal se nourrit aussi de l’éducation classique, de la morale chrétienne, de la vie sociale britannique et de l’importance nouvelle accordée au caractère individuel.

De l’idéal chevaleresque, le gentleman retient notamment :

  • le respect de la parole donnée ;
  • la protection des personnes vulnérables ;
  • le courage face à l’adversité ;
  • la loyauté et la fidélité à ses engagements ;
  • la générosité sans ostentation ;
  • la défense du juste contre l’abus et l’injustice.

De la courtoisie sociale à l’exigence morale

Dans la société victorienne, les bonnes manières, la retenue et l’attention portée aux autres deviennent des signes visibles de l’éducation d’un homme. Le gentleman sait se conduire en société, éviter les paroles inutilement blessantes et préserver la dignité de son interlocuteur. Cette politesse ne se réduit pas à l’observation mécanique de règles : elle suppose une maîtrise de soi et une réelle considération pour autrui.

Cette conception de la courtoisie rejoint plus largement les principes du savoir-vivre et de la vie quotidienne : des règles concrètes qui permettent de faciliter les relations, de respecter chacun et de mieux vivre ensemble.

Cette conception trouve une expression particulièrement précise chez John Henry Newman. Dans L’Idée d’une université, il décrit le gentleman comme un homme qui s’efforce de ne jamais créer de gêne, de heurt ou de malaise autour de lui. Il sait écouter, se montrer discret et faciliter les relations entre les personnes.

La figure du gentleman ne disparaît pas avec la fin de l’époque victorienne. Son apparence évolue au rythme des modes, mais l’idéal qu’elle incarne demeure : une alliance entre la tenue, la maîtrise de soi, le respect d’autrui et l’exigence morale.


Portrait du cardinal John Henry Newman en tenue ecclésiastique



« Le véritable gentleman (the true gentleman) est d’abord quelqu’un qui ne fait jamais de tort à autrui :

il cherche à ôter les obstacles qui s’opposent aux initiatives de ceux qui l’entourent, et évite tout ce qui pourrait choquer ou perturber l’esprit des personnes en compagnie desquelles il se trouve.

Il ne se montre jamais ennuyeux, évitant de se mettre en avant dans la conversation.

Il ne parle de lui que lorsqu’il y est contraint, et ne prête pas attention aux commérages.

Jamais mesquin ou petit, il ne cherche pas à tirer parti d’une situation de façon déloyale, et observe la maxime du sage, selon laquelle il convient de se comporter toujours envers un ennemi comme s’il devait un jour devenir un ami.

Il a l’âme trop noble pour être blessé par les insultes. »*

John Henry Newman Idée d’université, de 1852

* Publié en 1852, ce texte est antérieur à l’élévation de John Henry Newman au cardinalat, intervenue en 1879.


Le gentleman : un idéal qui traverse les époques

Du gentleman victorien à l’homme élégant des périodes plus récentes, les vêtements changent, tout comme les usages sociaux. Pourtant, certaines qualités restent associées à cette figure : la discrétion, la courtoisie, le soin apporté à sa présentation et la volonté de se conduire avec dignité en toute circonstance.

Le gentleman dans la littérature et à l’écran

Cette évolution vestimentaire apparaît également dans les grandes représentations littéraires et cinématographiques du gentleman anglais. Pour le début du XIXe siècle, les romans de Jane Austen – notamment Orgueil et Préjugés, publié en 1813 – donnent à voir une société dans laquelle l’élégance masculine ne se réduit pas au vêtement : la maîtrise de soi, la qualité de la conversation et le respect des convenances participent pleinement au jugement porté sur un homme. Les adaptations à l’écran permettent aussi de retrouver les silhouettes caractéristiques de l’époque de la Régence, avec leurs hautes cravates, leurs pantalons ajustés et leurs longues redingotes.

Le gentleman victorien apparaît ensuite sous des formes plus contrastées. Dans les œuvres de Charles Dickens, d’Oscar Wilde ou d’Arthur Conan Doyle, le titre de gentleman peut désigner aussi bien une véritable noblesse de caractère qu’une respectabilité purement extérieure. Le costume devient plus sombre et plus strict, mais la littérature interroge constamment ce qui se dissimule derrière cette apparence irréprochable.

Au début du XXe siècle, la silhouette masculine se rapproche progressivement du costume moderne. Des œuvres comme Downton Abbey, dont le récit commence en 1912, illustrent cette période de transition : les usages aristocratiques demeurent, tandis que les vêtements, les rapports sociaux et la conception même du gentleman commencent à évoluer.

Ces représentations rappellent ainsi que le gentleman n’est jamais défini par sa tenue seule. À chaque époque, l’habit rend visible un rang, une éducation et une certaine discipline personnelle ; mais c’est la conduite de l’homme qui confirme – ou dément – l’élégance affichée.

Le blog de L’Honnête Homme propose d’autres articles consacrés à l’élégance masculine, au savoir-vivre, à la transmission et à la formation du caractère.

Au-delà de ces transformations vestimentaires, le gentleman demeure un homme de qualité qui cherche constamment à s’améliorer pour se montrer irréprochable. Il est droit, sûr de lui-même, avenant, et cherche en toute occasion à se montrer aimable, distingué et serviable. Il ne fait acception de personne, ne se met jamais en avant, mais avec bienveillance et modestie il tâche d’être agréable à tous.

Il prend soin de son apparence, cherchant à être élégant en toute occasion. Non pour séduire ou par narcissisme, mais justement par égard pour les autres et par respect pour lui-même.

Sachant que les valeurs chevaleresques qu’il tente d’incarner sont un héritage inestimable dont il est le gardien, il s’efface aisément au profit de cet idéal masculin qu’il chérit plus que tout.

Conscient que la civilisation européenne est le joyau du monde civilisé, et que les valeurs qu’elle défend sont parfaitement incarnées dans la figure du gentleman, l’honnête homme moderne pourra faire de ce modèle une quête d’idéal.

Le gentleman ne se définit ni par son costume ni par son origine, mais par la constance de sa conduite. Il se reconnaît à sa façon de tenir sa parole, de respecter les autres et de rester maître de lui-même, jusque dans les circonstances les plus ordinaires.

Cet idéal, ancien sans être dépassé, demeure une invitation à élever sa manière d’être.

Retrouvez nos ouvrages consacrés au savoir-vivre, à l’élégance masculine et à la formation du caractère.

Découvrir nos ouvrages

Le gentleman ne se met jamais en avant.

Cet article, en revanche, peut être partagé sans fausse modestie.