Dans la rue, dans un escalier ou sur un chemin de campagne, un homme croise chaque jour des personnes qu’il ne connaît pas. Doit-il toutes les saluer ? Et comment distinguer une simple formule de politesse d’une véritable marque de considération ?
Autrefois, les règles du salut étaient particulièrement codifiées. On ne saluait pas une dame, un vieillard ou un supérieur de la même manière qu’un camarade. Derrière ces usages parfois oubliés se cachent des principes de courtoisie et de respect qui méritent encore notre attention.
Car un gentleman ne se distingue pas seulement par les personnes qu’il salue, mais aussi par la manière dont il le fait.
Dire bonjour à tout le monde n’est pas la règle du gentleman
Un gentleman n’a pas à saluer chaque passant qu’il croise dans la rue. La politesse ne consiste pas à multiplier les bonjours, mais à reconnaître les circonstances dans lesquelles un salut est attendu.
Il existe pourtant des situations où saluer un inconnu témoigne d’une éducation soignée. Entrer dans un ascenseur occupé, croiser un voisin dans l’escalier ou rencontrer un promeneur sur un chemin peu fréquenté sont autant d’occasions où un simple bonjour trouve naturellement sa place.
Mais les règles du savoir-vivre ne se limitent pas à ces circonstances. Le salut peut également exprimer le respect, la déférence ou la volonté de rassurer autrui. Les anciens manuels de bonnes manières accordaient une importance particulière à ces nuances, aujourd’hui souvent négligées.
Dans quelles circonstances un gentleman doit-il saluer ?
Le salut répond d’abord à une présence commune : vous et l’autre êtes au même endroit, au même moment. Dans un train ou sur un sentier de randonnée, on vit la même chose.

Certaines situations appellent naturellement un salut, même entre personnes qui ne se connaissent pas.
Dans un ascenseur, un bonjour discret aux autres occupants reste une marque de politesse. Il en va de même dans l’escalier d’un immeuble, lorsqu’on croise un voisin, ou dans un petit commerce en entrant.
Sur un chemin de randonnée, les promeneurs ont également coutume de se saluer. Cette habitude prend une signification particulière lorsqu’on rencontre une personne seule dans un endroit isolé.
Les anciens manuels de savoir-vivre recommandaient ainsi aux hommes de saluer les femmes qu’ils croisaient à la campagne, sans les dévisager ni chercher à engager la conversation.
Ce geste avait une signification bien précise : témoigner à la personne rencontrée qu’elle n’avait rien à craindre de lui.
Cette attention reste intéressante aujourd’hui. Un homme bien élevé sait qu’un regard insistant, une proximité excessive ou une tentative de conversation importune peuvent susciter un malaise. La discrétion fait aussi partie de la courtoisie.
Demander quelque chose à un inconnu : le bonjour vient d’abord
Aborder un inconnu pour lui demander un renseignement suppose quelques égards. Le salut marque le début de l’échange, mais c’est surtout la manière de s’adresser à son interlocuteur qui révèle la qualité de l’éducation reçue.
Un homme bien élevé ne considère jamais que la disponibilité d’autrui lui est acquise. Il attend que la personne puisse lui accorder son attention, s’adresse à elle avec courtoisie et formule sa demande sans familiarité excessive.
Cette retenue est particulièrement importante lorsqu’il s’adresse à une personne âgée ou à quelqu’un qu’il ne connaît pas. Le vouvoiement reste alors la forme la plus naturelle du respect.
🎩 Avez-vous les réflexes d’un gentleman ?
Six attentions qui distinguent un homme véritablement bien élevé. Cochez celles que vous appliquez naturellement.
Le salut n’est qu’une première marque de considération. La manière de s’adresser à son interlocuteur, de respecter sa disponibilité et de tenir compte de son âge ou de sa situation relève également des règles de la politesse à la française.
Les égards à observer lorsqu’on aborde un inconnu
1. Choisir le moment opportun
Avant d’interpeller quelqu’un, assurez-vous de ne pas interrompre une conversation ou une occupation importante. La courtoisie commence par le respect du temps d’autrui.
2. S’adresser à lui avec déférence
Commencez par « Bonjour Madame » ou « Bonjour Monsieur », puis formulez votre demande avec courtoisie. Le vouvoiement reste de rigueur lors d’un premier échange.
3. Accepter un refus avec élégance
Une personne n’est pas tenue de vous accorder son temps. Si elle ne peut vous renseigner, remerciez-la néanmoins, sans insister ni manifester d’agacement.
Au travail, saluer sans imposer de geste physique
Dans le monde professionnel, la manière de saluer révèle souvent l’éducation d’un personne. On ne s’adresse pas à un supérieur, à un client ou à un collègue de longue date avec le même degré de familiarité.
Les anciens manuels de savoir-vivre insistaient particulièrement sur cette distinction : témoigner du respect à un supérieur ne signifiait pas faire preuve de servilité. Il s’agissait simplement de reconnaître sa fonction et ses responsabilités, tout en conservant sa propre dignité.
Aucun geste physique n’est imposé : une formule sobre suffit souvent. Pour écrire à un supérieur, lisez les erreurs à éviter dans un mail professionnel.
Au travail, il existe plusieurs façons de saluer, et chacune correspond à une situation précise :
- La poignée de main : elle se fait lors d’une présentation formelle, par exemple avec un nouveau collègue ou un client.
- Le bonjour sans contact : c’est une option toujours possible, et elle suffit pour la plupart des échanges de couloir.
- La bise : en France, elle accompagne parfois le bonjour dans un cadre informel. Elle se fait en deux baisers, un sur chaque joue, et certaines régions en comptent davantage.
- L’accolade : beaucoup de Français la jugent trop intime pour le travail, et elle n’est pas une salutation courante en France.
Comment un gentleman doit-il saluer une femme ?
Une marque de respect indépendante de l’âge et du rang social
Dans les anciens manuels de savoir-vivre, la galanterie ne se réservait pas aux femmes de son entourage. Un homme bien élevé devait témoigner de la même considération à une ouvrière qu’à une marquise, à une femme âgée qu’à une jeune fille.
Par exemple, un homme croisant une femme dans un escalier devait s’effacer pour lui céder le passage, tout en retirant son chapeau.
Ce geste, aujourd’hui moins courant, traduisait une conception exigeante de la courtoisie : le respect dû à une femme ne dépendait ni de sa beauté, ni de sa fortune, ni de sa condition sociale.
Si les usages vestimentaires ont évolué, cette règle de galanterie conserve tout son sens. Un gentleman n’accorde pas davantage d’attention à une femme parce qu’elle lui plaît ou parce qu’elle occupe une position importante. Sa politesse doit rester désintéressée.
Les formules selon la proximité
Le choix des mots et le degré de familiarité dépendent de la relation que l’on entretient avec son interlocuteur. Un gentleman sait adapter son salut sans se montrer trop familier ni excessivement cérémonieux.
| Critère | Personne inconnue | Ami que vous tutoyez |
|---|---|---|
| Formule | « Bonjour, madame » ou « Bonjour, monsieur » | « Bonjour » ou « Bonsoir », ou « Salut » si vous le connaissez bien |
| Manière de s’adresser à elle | Vouvoiement | Tutoiement |
| Ce que vous pouvez ajouter | Rien de plus que le titre | Son prénom, puis une question comme « Comment vas-tu ? » |
Vous n’êtes jamais obligé de serrer la main ni de faire la bise. Un « bonjour » clair, dit en vous tournant vers la personne, suffit le plus souvent.
Gardez la poignée de main pour une présentation formelle, et la bise pour un cadre informel, avec des personnes que vous connaissez déjà.
Dire bonjour avec élégance : la manière compte autant que le mot
Dans l’ordre, le bonjour vient avant votre demande : sinon, l’échange commence par une requête sèche. Avec un inconnu, un supérieur ou dans un cadre formel, commencez par le vouvoiement. Le ton compte : calme, neutre, sérieux.
Le gentleman sait aussi se taire : si le salut n’est pas rendu, il n’insiste pas. Pour la maîtrise de soi attendue de lui, lisez cette page sur ce qu’est un gentleman.
Quelle formule employer ?
Ce qui marche
Se tourner vers son interlocuteur, interrompre brièvement son occupation et lui accorder toute son attention.
À éviter
Saluer sans lever les yeux de son téléphone ou continuer à parler à quelqu’un d’autre pendant le salut.
Ce qui marche
Témoigner d’une déférence particulière envers une personne âgée, sans affectation ni servilité.
À éviter
Interpeller bruyamment une personne à distance ou lui imposer une familiarité qu’elle n’a pas souhaitée.
Ce qui marche
Retirer ses lunettes de soleil avant de saluer quelqu’un, particulièrement lors d’une présentation. Ce geste permet d’établir un contact visuel et témoigne de l’attention portée à son interlocuteur.
Un gentleman ne salue pas tout le monde. Il dit bonjour quand le lieu et le moment rendent le contact naturel. Avant de saluer, demandez-vous si vous partagez ce moment avec la personne.
Votre prochain pas : lors de votre prochaine rencontre, prenez l’habitude de ne pas vous contenter d’un simple « Bonjour ». Adressez-vous à votre interlocuteur en disant « Bonjour Madame » ou « Bonjour Monsieur ». Cette petite marque de déférence donne immédiatement davantage d’élégance et de considération à votre salut.
Foire aux questions
Faut-il dire bonjour aux voisins de palier que l’on ne connaît pas ?
Oui, si vous le croisez dans le couloir ou l’escalier, un simple « Bonjour » suffit, même si vous ne connaissez pas son nom.
Vous partagez le même immeuble, donc le salut va de soi. Inutile de frapper à sa porte pour le faire.
Faut-il dire bonjour au chauffeur de bus ou au serveur lorsqu’on entre ?
Oui, dans les deux cas. Au serveur, dites bonjour avant de commander. Pour le chauffeur de bus, le bonjour est une marque de politesse dès que vous lui parlez directement, par exemple pour demander un renseignement.
Faut-il répondre à un bonjour que l’on n’a pas remarqué sur le moment ?
Oui. Dès que vous vous rendez compte qu’on vous a dit bonjour, répondez par un « Bonjour » simple, même avec un peu de retard. Le salut sert à reconnaître l’autre personne, et sans réponse, elle peut croire que vous l’avez ignorée.
Pour aller plus loin
-
Baronne Staffe, Le Savoir-faire à la Belle Époque, Éditions de Crémille, p. 106-107.
-
Baronne Staffe, Usages du monde : règles du savoir-vivre dans la société moderne, 1889.
-
Comtesse de Gencé, Le Savoir-vivre et les usages du monde, début du XXe siècle.
-
Érasme, De civilitate morum puerilium (La Civilité puérile), 1530.
-
Jean-Baptiste de La Salle, Les Règles de la bienséance et de la civilité chrétienne, 1703.
Le gentleman ne se met jamais en avant.
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